FICHE COMPLEMENTAIRE SUR

LA CONFRERIES DE LA SAINTE VRAIE CROIX

 

Cette fiche est en grande partie basée sur un ouvrage écrit par  un aumônier de cette Confrérie :

CASSAN Léon, abbé : La Confrérie de la Sainte-Vraie-Croix 1294 – 1903 – Imprimerie de la manufacture de la Charité, Montpellier 1903

 

 

I LA RELIQUE ET LA FONDATION DE LA CHAPELLE SAINTE-CROIX

La création de la confrérie de la Sainte-Vraie-Croix est liée la présence à Montpellier d'une relique de la Croix, instrument du supplice du Christ. C’est le seigneur de Montpellier, Guilhem VI (v.1114 – v.1163) qui la rapporta de Terre Sainte après s’être croisé entre 1126 et 1129. Il avait en cela suivi l’exemple de son père, Guilhem V, qui avait rapporté de croisade une relique de Saint Cléophas en 1103. Mais contrairement à son père, nous ne savons rien du séjour de Guilhem VI en Terre Sainte. Son testament indique qu’il donna pour l’amour de Dieu et le salut de son âme à l’église Sainte-Croix […] le morceau de la Vraie Croix et d’autres reliques. Don ou achat, aucune trace écrite ne vient préciser comment il se procura ses reliques à Jérusalem.

De retour à Montpellier en 1129, il garda la relique auprès de lui. Les auteurs anciens rapportent que le seigneur éleva une chapelle pour recevoir la Sainte Relique. En fait c'est un nouveau logis seigneurial que bâtit Guilhem VI au niveau de l'actuelle palce de la Canourgue. Il était doté d’une petite chapelle attenante à sa chambre où fut déposée la relique. Mais ce Palais s’avéra impossible à défendre lors de la révolte bourgeoise de 1141. Aussi, en 1143, Guilhem VI préféra abandonner cette résidence et fit édifier un nouvel ensemble fortifié, le château ou palais du Peyrou. Situé au niveau de l’actuelle Cour d’Appel, l’ancien Palais de Justice, cette construction était en dehors des remparts du XII° siècle et doté de ses propres défenses. La relique semble être restée dans la première chapelle castrale.

En 1149, après une vie bien remplie et marquée par de nombreux conflits armés, y compris avec l’évêque de Maguelone, Guilhem se retira au monastère de la Gandselve. Désirant ne se consacrer qu’à Dieu, il se dépouilla de ses biens selon un testament rédigé en 1146. Il y confirma le dépôt de la relique dans la chapelle de son ancien logis  et fonda une chapellenie pour la desservir. Afin de pourvoir à son fonctionnement il la dota de différents bâtiments : sa chambre qui était près de la dite église et le portique qui se trouve devant sa chambre qui part du pilier et qui va jusqu’à la muraille de la salle et de la chambre. S’y rajoutait un jardin mitoyen destiné à construire le logement du chapelain et différentes pièces de terres agricoles situées hors les murs. Ne se consacrant plus qu’à la prière, l’ancien seigneur de Montpellier eut une vie édifiante et fut proclamé bienheureux par l’Église. En 1152, son fils et successeur Guilhem VII, céda la chapelle et ses dépendances aux prieur de Saint-Firmin, la seule paroisse de Montpellier à cette époque. La chapelle fut consacrée le 5 décembre 1200 par Monseigneur Imbert d’Aiguières, évêque d’Arles et reçut la titulature officielle de Sainte Croix, même si dans les faits elle portait déjà ce nom depuis longtemps. En dépit de l’importance de sa relique, cette chapelle resta modeste et resta un lieu de pèlerinage secondaire dans l’ombre de Notre-Dame-des-Tables, qui elle reçut la grâce de plusieurs miracles.

Les bâtiments annexes légués par Guilhem VI passeront ensuite au chapitre de Maguelone et formeront la base de la future Canourgue qui donna son nom à la place. Ces bâtiments passeront au XVI° siècle aux chanoines de Saint-Pierre. Durant les temps troublés des Guerres de religion, ils abritèrent de nombreuses communautés catholiques dont les Pénitents blancs. Ces derniers rebâtirent la chapelle Sainte-Croix en 1609 mais elle disparut définitivement lors du Grand Harlan de 1621. Il ne reste aujourd’hui de cette petite chapelle romane que des fragments lapidaires, dont un remarquable chapiteau déposé au Musée Languedocien, rue Jacques Cœur à Montpellier. Sa plaque de consécration du 5 décembre 1200 se trouve en face, dans la sacristie de la chapelle des Pénitents blancs. À sa place, après l’abandon d’un projet de construction d’une grande cathédrale en 1629, il ne resta qu’un espace vide qui devint une place, qui accueillit un temps l’Hôtel de Ville, et qui fut grandie au XIX° siècle.

 

 

II LA CRÉATION DE LA CONFRÉRIE DE LA SAINTE-VRAIE-CROIX

La chapelle Sainte-Croix fut, à partir du 31 octobre 1294, le siège de la confrérie établie en l’honneur de Dieu Notre-Seigneur, de Notre-Dame Sainte Marie, de la Sainte-Vraie-Croix et de toute la cour céleste. S’il n’est pas exclu qu’elle soit plus ancienne de quelques années, rien ne vient le confirmer. La fête majeure de la confrérie était l’Invention de la Sainte-Croix le 3 mai.

 

Reprise du texte de l’encart figurant sur la page "HISTOIRE" du site

 

La veille l’ensemble des confrères et des confréresses se rassemblaient en un même lieu. Puis avec leur trompe (hautbois) ils se rendaient à la chapelle où ils faisaient une aumône et allumaient les cierges anciens. Le jour de la fête ils allaient, avec des cierges neufs, entendre la messe à l’issue de laquelle ils récitaient dix Pater et dix Ave. Puis suivait un grand repas, réservé aux hommes, où était lu le récit de la découverte des restes de la Sainte Croix par Sainte Hélène. Ils retournaient ensuite dans la chapelle afin de rendre grâce à Dieu. Puis les confrères se retiraient pour élire leurs trois nouveaux Prévôts assistés de quatre conseillers. Le lendemain tous assistaient à la messe pour les défunts de la Confrérie et faisaient à nouveau une aumône.

Tout au long de l’année, les confrères et les confréresses avaient l’obligation mensuelle d’aller entendre la messe à la chapelle, d’y réciter dix Pater et dix Ave et de faire une aumône. Lorsque l’un d’entre eux était malade, ils lui rendaient régulièrement visite. Une caisse de secours mutuel temporel et spirituel leur permettait aussi de s’entraider. Lors d’un décès, la Confrérie fournissait des cierges portés à la maison du défunt et les allumait. Puis le jour des funérailles ils se rendaient en délégation au domicile et récitaient trente Pater et trente Ave. Ils assistaient aux funérailles puis allaient avec des cierges à la main au cimetière. C’est le fonctionnement habituel d’une confrérie médiévale. Les grands repas communautaires étaient essentiels pour les confréries médiévales qui pouvaient ainsi renforcer les liens entre ses membres mais aussi inviter les pauvres des environs et leur donner des aumônes et des provisions. L’importance donnée à la présence de cierges allumés dans certaines circonstances, y compris en plein jour, peux nous étonner, mais elle était une forte source de dépense et un signe de respect obligatoirement lié à la présence des reliques. La flamme du cierge représentait la vie éternelle, ce qui explique aussi sa présence lors des rites funéraires.

 

La fête de l’Exaltation de la Sainte-Croix fut ajoutée en 1321, selon un cérémonial proche, mais sans le repas ni bien sûr les élections. La confrérie avait aussi une caisse de secours réservée à l’entraide des frères. Ces membres avaient l’obligation de visiter et d’aider ceux d’entre eux qui étaient malades et de pourvoir à leurs obsèques et à leur sépulture dans le caveau souterrain de la chapelle. Elle était gouvernée par trois prévôts ayant des affectations spécifiques, et par quatre conseillers. Si le catalogue de ses membres comportait quelques personnages importants, l’essentiel des frères appartenait aux classes populaires, des artisans ou des laboureurs, ou au clergé séculier ou régulier. D’autres confréries eurent aussi dans cette même église une chapelle ou un autel, et finirent par fusionner avec celle de la Sainte-Vraie-Croix : en 1398 pour celle de Saint-Siffren (Siffrein) ou 1432 pour celles de Notre-Dame-de-Béthléem et de Sainte Catherine. Mais les Guerres de religions entraînèrent la destruction de la chapelle et la confrérie se désorganisa.

Presque deux siècles plus tard, d’autres reliques de la Passion furent déposées à Montpellier par Philippe-le-Bel, peut-être peut-être lors de son passage en 1305. La nature de cette relique, donnée au roi de Majorque, ne nous est pas parvenue, mais il pût d'agit d'un fragment de la Couronne d’épine, de la Sainte Éponge,… Elle fut déposées dans la chapelle de Notre-Dame-du-Palais, nouvellement construite contre le chateau du Peyrou de Guilhem VI. (Dany Sandron, Chapelles palatines : succés d’un type architectural in Un palais dans la ville).

 

 

III LA CONFRÉRIE A LA CATHÉDRALE SAINT-PIERRE XVII° - XVIII° siècle.

La Confrérie semble ne pas être réapparue avant le début du XVII° siècle. En 1617 elle compte 194 hommes et 151 femmes. A plusieurs reprises, la relique de la Vraie Croix est réputée perdue. Puis on parle de faire des réparations au reliquaire. Faut-il en conclure qu’un fragment avait pu être caché et ne fut pas restitué immédiatement ou qu’il s’agit d’une relique ayant ne provenance différente acquise entre-temps par la Confrérie ?

Après diverses installations provisoires (la Canourgue en 1617, Saint-Firmin en 1620, Saint-Pierre en 1628, Notre-Dame-des-Tables pour ne citer que les principales), en 1661, à l’invitation du chapitre, les confrères et les confréresses revinrent à la cathédrale Saint-Pierre où ils se fixèrent définitivement dans la nef. Ils y occupèrent d’abord la première chapelle à droite puis la deuxième à gauche. Ils obtinrent en 1672 le droit de faire creuser des caveaux sous les arcades du cloître, devant la porte de la sacristie et s’installèrent dans l’ancienne chapelle latérale de Saint-Martin qu’ils s’attachèrent à embellir et à doter de tout le mobilier nécessaire. En 1745 une ordonnance de Monseigneur de Charancy autorisa les officiers de la Vraye-Croix à organiser des processions le Jeudi-Saint, le jour de l’Invention de la Sainte-Croix (3 mai), le jour de son Exaltation (14 septembre), ainsi qu’à participer aux grandes processions générales.

De nombreux frères et sœurs (soixante en 1763) étaient aussi Pénitents Bleus de Montpellier. Aussi, à partir de 1754, différents projets de fusion entre les deux compagnies virent le jour. Ils faillirent aboutir en 1763 par la signature d’un accord approuvé par les prévôts et les conseillers. Malgré la demande d’un grand nombre de frères de la Vraie-Croix, l’Évêque refusa de donner son accord. Les partisans de l’union tentèrent vainement d’emporter la majorité, mais l’assemblée générale rejeta définitivement ce projet. Comme les chanoines se plaignaient des exhalaisons venant des caveaux, il fut convenu de les transférer à côté de ceux de la paroisse, dans le cloître, puis en 1788, d’autres furent creusés aux Récollets (anciennes archives départementales et futur site des archives municipales, rue Proudhon). Cette même année, la confrérie comptait 616 membres. Mais la Révolution française éclata et la Confrérie disparut après la fête du 3 mai 1791.

 

 

IV LA RENAISSANCE APRÈS LA RÉVOLUTION

Lorsque la cathédrale rouvrit en 1797, sous l’autorité d’un prêtre assermenté non reconnu par le Pape, elle n’était que peu fréquentée et en mauvais état. Mais après le Concordat de 1801 mettant fin au schisme, les tensions s’apaisèrent et la cathédrale commença à être restaurée. D’anciens confrères de la Vraie-Croix demandèrent à réoccuper une chapelle latérale de la nef de la cathédrale. Ils choisirent celle de 1661, la première à gauche en rentrant. Puis ils tinrent une assemblée générale le 10 avril 1803 qui marqua leur restauration. En 1806 les Pénitents Bleus les félicitèrent chaudement de cette reconstitution, rappelant leurs anciens liens d’amitié. La Confrérie comptait, en 1825, 564 frères et 125 sœurs, dont une grande majorité est en retard de cotisation. La confrérie reprit ses activités et ses fêtes traditionnelles. Entre 1855 et 1859, la restauration du clocher les obligea à s’installer temporairement dans une autre travée. À leur retour ils vont renouveler son décor en y faisant poser un autel en marbre blanc en 1865, et un lustre en cristal l’année suivante. La chapelle était aussi décorée avec les bannières de la confrérie.

En 1879, au décès de son aumônier, la confrérie fut desservie par des vicaires de la cathédrale. En 1893, en prévision de son 600em anniversaire, elle fit restaurer le reliquaire de la Vraie-Croix puis fit poser la plaque de marbre qui est toujours en place dans sa chapelle. Du 11 au 12 novembre 1894 les fêtes du sixième centenaire furent les dernières qu’elle organisa. Elle y invita les confréries de la Vraie-Croix de Pignan et de Villeneuve-les-Maguelone. Mais déjà le manque de moyen interdisait aux confrères tout repas communautaire. Ces trois mêmes confréries se retrouvèrent, en 1895 et 1899, lors de deux pèlerinages pour vénérer un autre fragment de la Vraie-Croix déposé à Saint-Guilhem-le-Désert. Cette dernière relique était issue d’un cadeau de l’impératrice d’Orient Irène à l’Empereur d’Occident Charlemagne. Ce dernier en confia la garde à son neveu, Saint Guilhem, fondateur du monastère de Gélonne. Il ne faut pas le confondre avec le Bienheureux Guilhem VI de Montpellier qui vécut trois siècles après.

 

Après ces manifestations, la confrérie semble s’assoupir. Nous ne savons pas ce qui motiva les Crusets, comme on les nommait parfois, à choisir les Pénitents blancs comme héritiers et continuateurs. Ils semblaient pourtant plus proches des Pénitents Bleus depuis un siècle et demi. Est-ce le lointain souvenir de la chapelle de la Sainte-Vraie-Croix de la place de la Canourgue que les blancs avaient relevée en 1609, ou son action en faveur des croix publiques ?

Quoi qu’il en soit les Pénitents blancs veillent toujours sur les archives des frères de la Vraye-Croix dont une grande partie est écrite en Languedocien. Ces documents appellent une étude plus approfondie qui pourra, espérons-le, être menée à terme dans les années à venir. Mais c’est surtout au travers de la conservation et de la vénération de l’insigne relique ramenée de Terre-Sainte par Guilhem VI que les Pénitents blancs assument l’héritage qui leur a été confié. Nous ne savons que très peu de chose concernant la conservation de la relique à partir du XVIem siècle. Elle est un temps réputée perdue, puis est à nouveau citée lorsque l’on fait à plusieurs reprises des réparations sur son reliquaire. Nous ne savons donc pas si elle fut, au moins partiellement sauvée durant les Guerres de religions. Elle peut n’avoir été rendue à la Confrérie que longtemps après la fin des troubles, comme cela s’est souvent vu. Elle peut avoir été cachée et redécouverte, mais alors les registres devraient logiquement en faire mention. Si son authentique certifie qu’il s’agit bien d’un fragment de la Vraie-Croix, il ne donne aucune information sur son origine et sur son histoire. Sa custode étant plus grande que le verre qui renferme le fragment, il est possible que ces détails y soient enfermés. Mais pour le vérifier il faudrait en briser les sceaux. Le plus important n’est-il pas finalement que cette relique évoque la dévotion de générations de pèlerins et que sa vénération nous aide à rendre un juste culte au Christ Rédempteur ?

 

 

 

 

 

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